Entre 77 et 1984, les résultats sont en dents de scie. 12ème à l'issue de la saison 1977/1978, 5ème lors de la saison suivante au cours de laquelle le " goaleador " Nico Braun inscrit 12 buts, le FC Metz frôle la relégation lors de la saison 1979/1980 en finissant 17ème. Sauvé à l'ultime journée contre le PSG par l'enfant de Talange, Patrick Battiston, auteur des deux buts synonyme du maintien, le FC Metz poursuit ce parcours irrégulier au début des années 1980. Orphelin d'André Rey en partance pour l'OGC Nice, et de Patrick Battiston parti sous les cieux bordelais, le FC Metz dirigé par le polonais Henryk Kasperczak, s'appuie sur les " jeunes pousses " que sont Marco Morgante, Jean-Philippe Rohr, Carmelo Michiche, Luc Sonor, Vincent Bracigliano ou Philippe Hinschberger, encadrés par Philippe Piette, Branco Tucak ou Philippe Mahut. 9ème en 80/81 et de nouveau 17ème en 81/82 en raison de graves problèmes offensifs. Les artilleurs de Metz, tant redoutés, son étrangement muets.
Lors de cette saison 1981-82, l'attaque messine inscrit 35 buts. 39 de moins que l'AS Saint-Etienne, le dauphin et 35 de moins que l' AS Monaco, le champion. Il faudra attendre l'arrivée du marocain Merry Krimau à la pointe de l'attaque, lors de la saison 1982-83, pour que le FC Metz retrouve le potentiel offensif qui a fait son succès au milieu des années 1970. Krimau l'intenable félin, marque à 23 reprises et termine 3ème meilleur buteur du Championnat. Le FC Metz ne réussit cependant pas à se détacher du milieu de tableau, et hérite de la 9ème place. Sur le plan extra-sportif, le club est menacé de dépôt de bilan durant l'été 1983. La municipalité de Metz appuye le retour de Carlo Molinari aux affaires ; ce dernier impose un retour à une gestion plus sage et un changement radical de structures. Grâce à son dynamisme, la confiance de la ville de Metz et l'appui de son comité, Carlo Molinari réussit progressivement à assainir les finances du club.
Le 11 mai 1984 est désormais une date historique pour le FC Metz puisqu'elle est synonyme de son premier titre majeur. Après s'être débarrassé successivement de Calais, du petit poucet Castets-en-Dorthe, de Besançon, de Laval et du FC Nantes, les messins " montent " à Paris, portés par toute une région victime de multiples plans sociaux dans l'industrie sidérurgique. Etrange signe du destin, le FC Metz, affronte un club " princier " l'AS Monaco, variation moderne sur le thème de David et Goliath. L'AS Monaco, qui a déjà disputé quatre finales de Coupe de France et en a remporté trois, est favori. Les programmes TV de l'époque (et imprimés la semaine précédente) titrent même Finale : AS Monaco - FC Nantes, tant la participation de Metz à cette Finale relève de l'incongru aux yeux des médias parisiens. Les lauriers sont coupés d'avance mais les messins prennent une revanche éclatante sur ces jugements à l'emporte pièce. Au Parc des Princes, entièrement acquis à la cause du " petit poucet", et au sein duquel on prit place 20 000 lorrains " montés " à Paris par trains, bus spéciaux ou voitures particulières, Monaco et Metz hésitent à se livrer, ne prennent pas de risques.
Il faut attendre la prolongation pour que les joueurs messins se libèrent. KO debout sur un direct de Philippe Hinschberger (102ème), Monaco s'effondre sur un uppercut de Toni Kurbos (108è) au terme d'une prolongation historique. Metz remporte son premier titre et se voit projeté en Coupe des coupes. Les Ettore, Bracigliano, Colombo, Zappia, Barraja, Thys (le pauvre " Billy " est sorti sur civière), Sonor, Hinschberger, Pécout, Kurbos, Rohr et Bernad entrent ce jour de manière éclatante dans la légende du club. A l'issue de cet exploit, Henryk Kasperczak quitte le club comme il l'avait annoncé plusieurs semaines auparavant et est remplacé par Marcel Husson.
Metz part en croisade européenne lors de la saison 1984-85. Dès le premier tour, les Messins créent l'exploit, face au FC Barcelone de Bernd Schuster, le fantasque meneur de jeu allemand. A l'aller, les Messins ont l'intention de se surpasser devant leur public. Un premier but de Luc Sonor contre son camp anesthésie les supporters messins, mais Toni Kurbos réchauffe l'ambiance en égalisant une minute avant la fin de la première mi-temps. Malheureusement, dès la reprise, les Messins s'effondrent. Ils encaissent trois buts en vingt minutes. Schuster (47ème ), Calderer (53ème ) puis Carrasco (64ème) portent le score à 4-1 en faveur de la formation catalane. Les Lorrains sont dépassés, décontenancés par la rapidité et la technique des attaquants du Barça. Un pénalty accordé à Metz et transformé par Jean-Philippe Rohr (85ème) permet de réduire la marque à 2-4.
Les Messins entrevoient déjà une élimination prématurée, à l'image de leurs expériences passées en Coupe d'Europe. Les Barcelonais, eux, s'estiment qualifiés. L'excès de confiance les guette. Aucune couverture nationale n'est prévue, que ce soit à la TV ou par radio. Les supporters grenats les plus chanceux en sont quitte pour suivre la rencontre sur la bande FM. Le FC Metz est trop largement sous-estimé par les Espagnols. Au retour, dans un Camp Nou désert aux deux tiers, Barcelone ouvre le score grâce à Carrasco (33ème). Désormais, Metz doit marquer quatre fois pour se qualifier, ce qui parait absolument impossible. Mais rien ne peut arrêter le FC Metz en cet extraordinaire 10 octobre 1984. Toni Kurbos se déchaîne et égalise à la 38ème minute. Plus que trois buts à inscrire...Une minute pus tard, une erreur défensive de Sanchez, qui marque contre son camp, donne l'avantage à Metz sur le terrain du Barça. Plus que deux buts. C'est la mi-temps. Le festival Toni Kurbos débute. Le feu follet marque à la 55ème minute, ce qui fait douter Barcelone, mené 1-3. Plus qu'un but. Il survient à la 85ème minute et est signé...Kurbos, alors que les 24 000 " socios " ont déjà déserté le stade. Metz mène 4-1 et se qualifie! Les Espagnols n'ont plus les moyens physiques ni la force mentale nécessaires pour réagir.Le club lorrain est propulsé au deuxième tour de la Coupe des coupes pour la première fois de son histoire. L' exploit retentissant fait le tour de l'Europe mais reste sans lendemain. Etouffés par les attaquants du Dinamo de Dresde (RDA), les coéquipiers de Toni Kurbos, remplacé par Carmelo Micciche à la 89ème minute, s'inclinent 1-3 à l'extérieur. Leur seul but est l'oeuvre de l'Allemand Trautmann contre son camp. Au stade Saint-Symphorien, plein comme un oeuf, sur une pelouse grasse et la pluie, Dresde tisse sa toile et oppose un solide rideau défensif à l'enthousiasme messin. Metz concède le match nul (0-0) et est éliminé tristement de la Coupe d'Europe. Mais son prodigieux exploit à Barcelone est déjà ancré dans l'histoire du football français.