Le fabuleux Bep Bakhuys, surnommé l'homme aux grandes oreilles en raison de sa petite tête ornée de deux grandes oreilles, est aussi connu et admiré que le sera son compatriote Johan Cruyff 30 ans plus tard. Doté d'une frappe phénoménale, d'un sens du but, il peut frapper dans toutes les positions de 30 ou 40 mètres, marque ou fait marquer...Disqualifié par sa fédération pour "amateurisme marron", "Bep" est à la recherche d'une aventure à l'étranger. De nombreux clubs européens sont sur les rangs. Dès qu'il en est averti, Paul Thomas saute dans le premier train en partance pour les Pays-Bas et persuade le buteur hollandais d'embarquer avec femme et bagages pour METZ ! Au FC Metz personne n'est au courant, pas même le Président Herlory avertit par Paul Thomas par téléphone de leur arrivée. Le 3 septembre 1937, par le train de 6 heures, Bep Bakhuys pose le pied en gare de Metz et quelques heures plus tard est officiellement engagé par le club messin.
Hélas, un épisode surprenant pour l'époque vient troubler cette arrivée magistrale : quelques mois auparavant Bep a signé un contrat d'engagement - non légalisé - avec le Stade de Reims. Sanctionné par la FFF, Bep Bakhuys en est réduit à disputer avec la réserve "pro" du FC METZ une série de matchs amicaux contre des équipes françaises et étrangères. Cela lui permet de garder toute sa condition physique et d'entretenir sa technique, sa puissance de feu ainsi que sa légendaire vision du jeu. Jules Rimet, président de la FFF, qui donnera son nom à la Coupe du Monde, a tranché : Bep Bakhuys pourrait jouer dès le 1er janvier 1938 avec l'équipe première en championnat de Division 1, mais pas en Coupe de France.
Malheureusement Bep Bakhuys ne participe pas aux premiers moments de gloire d'un FC Metz conquérant, parti à l'assaut de la capitale pour une rencontre au sommet : la Finale de la Coupe de France 1938 ! Ils affrontent le 8 mai 1938 le grand Olympique de Marseille, déjà lauréat de 4 trophées. Coachés par l'anglais Ted Maghner, considéré à l'époque comme un des meilleurs entraîneurs du monde, les grenats ont accompli des exploits pour parvenir à l'ultime stade de la compétition. Après avoir battu Reims (5-0) en 1/16èmes de Finale, battu Roubaix en 1/8èmes (2-1), expédié Cannes (3-0) en quarts, et bataillé contre Fives (1-0 ap), les messins allaient affronter l'armada de l'OM menée par Aznar - Kohut.
Devant 30 000 spectateurs (dont 3000 Lorrains et le Président de la République Albert Lebrun, lorrain également), au Parc des Princes, se produit un événement sportif que seul le football est capable d'enfanter. Metz est frustré d'un pénalty flagrant (accordé puis refusé - suite aux pressions marseillaises - par l'arbitre alsacien M. Munsch), puis est affligé d'un but litigieux en prolongations, que Charles Fosset dans un sursaut farouche et désespéré, a cependant annulé sur la ligne de but...en renvoyant la balle de la tête. Furieux, les spectateurs parisiens et les 5000 lorrains prennent fait et cause pour les messins et font pleuvoir, en averse écarlate, des centaines de petits coussins rouges loués au public pour son confort personnel. La défaite est glorieuse mais les yeux sont bien rouges en cette soirée de mai 1938, et la tristesse se dispute à la colère...
Pendant une semaine au cinéma Palace de Metz sera repassé le film du match, ce film témoin et impartial qui prouve indubitablement la bonne foi des joueurs messins et l'incompétence notoire de l'arbitre dépassé par ce grand événement. Le Républicain Lorrain de l'époque titre même ironiquement le lendemain dans les devises du jour : " Dans le doute, abstiens toi ! " et " Mieux vaut un résultat honorable qu'une victoire boiteuse ".
Il faudra attendre 46 ans avant que Dame Coupe ne sourie aux joueurs messins. Mais loin du simple résultat sportif, qui se doute qu'en cette belle journée ensoleillée de printemps, le club vit là les derniers moments d'un futur bien sombre, tandis que s'annonce sur l'Europe les nuages noirs de la seconde guerre mondiale ?