Mais s'il y a une saison qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective lorraine, c'est 1997-98. Elle aurait pu définitivement consacrer le club et lui permettre d'inscrire son nom en lettres d'or au palmarès des grands clubs français. En effet, le FC Metz passe tout près du titre de champion de France. Le club doit se contenter d'une place de dauphin (à la différence de buts) qui va s'avérer délicate à gérer, après de multiples rebondissements et un final dramatique. En tout début de saison, Joël Muller affiche ses prétentions et entend bien figurer en Championnat. Le recrutement est ciblé et efficace, avec notamment les arrivées de l'international belge Danny Boffin , de Frédéric Meyrieu et de Vladan Lukic.
Danny Boffin surnommé " Danny la mobylette ", " l'homme aux trois poumons " ou encore " Speedy Gonzalez " en référence au célèbre dessin animé des années 70, enchantera Saint Symphorien de nombreuses années avec ses courses fantastiques et ses relais incessants. Vladan Lukic, l'attaquant serbe, est passé par l'Atletico Madrid, Marbella avant de rejoindre Sion. Frédéric Meyrieu, originaire de La Seyne-sur-Mer (83) meneur de jeu et numéro 10 de génie pour les uns, enfant terrible du football français pour les autres l'avait rejoint après un différent avec le Président du RC Lens, Gervais Martel. Meyrieu et Lukic y ont été " débusqués " par Bernard Zénier, et quittent donc la Suisse où ils viennent de réaliser un doublé Coupe-Championnat. Le FC Metz enflamme l'été mosellan et effectue un début tonitruant avec une série de neuf matches sans défaites dont deux très remarqués, le 22 août 1997 face au PSG (2-1) avec des buts de Bruno Rodriguez et Robert Pirès, puis le 29 août à Monaco (2-1) grâce à Vladan Lukic et Robert Pirès.
Après un mois d'octobre noir ponctué par une défaite à Strasbourg (0-2), une autre à Marseille (0-2) et une dernière à domicile contre Montpellier (0-1), une élimination au premier tour en Coupe de l'UEFA contre le club allemand de Karlsruhe SC, le FC Metz se reprend et entame une nouvelle série d'invincibilité, qui permet au club d'être champion d'automne et leader à la trêve, et se poursuit jusqu'au 2 janvier 1998. Après dix journées sans défaites, Metz s'incline à domicile devant Bastia (0-1). La France du football se délecte par avance du duel entre Metz et Marseille. Les messins s'imposent à Saint Symphorien (3-2) le 6 mars, lors de la 28ème journée du Championnat. Bruno Rodriguez réussit un doublé et Rigobert Song, le défenseur de choc, touché par la grâce, inscrit un but venu d'ailleurs en s'enfonçant sur le côté gauche et en réalisant deux contrôles de volée impensables.
A ce moment là tout sourit aux messins et le titre leur paraît promis.Mais c'est sans compter sur la menace lensoise. Les Nordistes obtiennent un succès mérité à Saint Symphorien le 29 mars. A la 23ème minute, Stéphane Ziani mène une contre-attaque tranchante et sert Vladimir Smicer qui centre pour Anton Drobnjak, lequel marque d'une tête plongeante. 1-0 pour Lens. Cinq minutes plus tard, Smicer frappe, Lionel Létizi repousse le ballon mais Drobnjak, opportuniste, reprend et donne deux buts d'avance à Lens, alors que le stade Saint-Symphorien est plongé dans un silence de cathédrale. Le FC Metz est orphelin de son meneur de jeu, Frédéric Meyrieu, primitivement suspendu pour ce match puis blanchi par la commission de discipline, mais absent suite aux menaces du président lensois Gervais Martel de déposer réclamation en cas de titularisation de son ancien joueur...
C'est le tournant de ce championnat : Le RC Lens prend alors la tête, qu'il n'a plus occupée depuis la 1ère journée et s'assure une sérieuse option pour le titre, à quatre journée de la fin. Lens ne perdra plus et sera sacré champion, le samedi 9 mai, en réussissant un nul chanceux à Auxerre (1-1) lors de la dernière journée. Les grenats relèvent pourtant un challenge jugé impossible et remportent tous leurs derniers matchs. Le 9 mai 1998, devant 17952 spectateurs, Le FCMetz reçoit l'Olympique Lyonnais et ouvre le score par Bruno Rodriguez (4ème). Frédéric Meyrieu tire un coup-franc de la gauche, alerte Jocelyn Blanchard côté droit. Celui-ci centre devant le but et Uras dégage comme il peut le ballon d'une tête plongeante. Rodriguez marque alors d'une reprise de volée qui ne laisse aucune chance à Grégory Coupet.
Metz préserve son avantage, s'impose 1-0, mais n'est plus maître de son destin. Les supporters exultent et chantent " On est les Champions ". Cette ambiance de folie vivra une heure, le temps pour le RC Lens de partager les points avec l'AJ Auxerre dont le gardien s'est rapidement blessé, ce qui lui suffit pour être sacré champion de France. Metz, à égalité de points avec son adversaire nordiste, est battu à la différence de buts (+25 pour Lens, +20 pour les Messins). Le titre s'envole. Pourtant les joueurs sont ovationnés par leur public, la foule massée Place d'Armes, acclame ses héros venus en camion plate-forme depuis le stade, avec au volant le Président Molinari en personne... La fête a un goût étrange, certains hésitent entre rire et larmes, mais tous ont le sentiment d'avoir vécu quelque chose d'inoubliable...Une telle marée humaine, qui ne s'était pas vue à Metz depuis la Libération, se reproduira quelques mois plus tard, avec la superbe victoire des Bleus en Coupe du Monde.
Concentré sur le Championnat, le FC Metz est éliminé lors des huitièmes de finale de la Coupe de France par le petit club amateur de CFA2 de Bourg-Péronas (0-2). Les Grenats parviennent également en quarts de finale de la Coupe de la Ligue, où ils s'inclinent face au PSG (0-1), futur vainqueur de la compétition. Tout Metz est fier de la saison de la " bande à Pirès ", même si elle n 'est ponctuée par aucun titre. Le club vient d'enregistrer sa meilleure performance en Championnat depuis sa création et cette deuxième place lui donne droit de participer au tour préliminaire de la prestigieuse Ligue des champions.