Un arbitrage arbitraire

Il était une fois …

Publié le : 21/06/2005, 00h00
Auteur : H.S.


Les footeux témoignant de quelques années de supportérisme du FCMetz ne peuvent ignorer la date du 8 mai 1938. Pour les plus jeunes, voici un petit coup de projecteur sur l’un des grands matches qui ont façonné l’histoire de notre club, la finale, perdue, de 1938.

Nous sommes en mai 1938. Deux mois auparavant, l’annexion de l’Autriche par Hitler n’a malheureusement pas fait couler beaucoup d’encre, et pour cause, toute la Lorraine est bien plus préoccupée par le fantastique parcours des Grenats en Coupe de France. En effet, pour la 21ème édition de la Coupe et la première fois de sa récente histoire, le Football Club de Metz parvient à se hisser en finale du tournoi. Cerise sur le gâteau, l’adversaire désigné pour ce match historique, programmé le 8 mai 1938 au Parc des Princes, est le déjà grand Olympique de Marseille, quatre fois lauréat par le passé. C’est dire si la rencontre de ce dimanche de printemps attire les foules et délie les langues ; voici bien une occasion unique pour le club phare de l’est de la France de briller dans l’antre du football national et d’inscrire en lettres d’or une première et historique ligne à son palmarès !
Certes, le favori unanimement désigné par le monde sportif ainsi que par les journalistes n’est pas le club grenat, à l’époque « Cendrillon » du football français et dont les joueurs voyagent modestement en troisième classe. Mais les « prolétaires » messins y croient, d’autant qu’ils ont bataillé dur et réalisé quelques exploits pour atteindre le stade ultime de la prestigieuse compétition. Successivement Reims (5-0) en 1/16ème de finale, Roubaix (2-1) en 1/8ème, Cannes (3-0) en ¼ et Fives (1-0 après prolongations) en demi-finale ont en effet subi les ardeurs messines, sans pouvoir empêcher la fière équipe lorraine d’accéder à son rêve : une grande finale, enfin, et au bout du chemin, la gloire, peut-être.

Le match en bref
Score : 1-2 (a. p.)
Stade : Parc des Princes
Arbitre : M. Munsch
Spectateurs : environ 44530
Les équipes :
Metz : Charles Kappé, Henri Nock, Charles Zehren, Nicolas Hibst, Charles Fosset, Marcel Marchal, Jean Lauer, Kowalczyk Ignace, Marcel Muller, Karl Hes, Albert Rohrbacher.
Olympique de Marseille : De Vasconcelos, Abdel Ben Bouali, Henri Conchy, Jean Bastien, Ferdinand Bruhin, Joseph Gonzales, Emile Zermani, Franz Olej, Mario Zatelli, Emmanuel Aznar, Willy Kohut.
Buts :
pour Marseille : Kohut (49ème), Aznar (118ème).
pour Metz : Rohrbacher (84ème).

Le film du match
« Une grande finale gâchée par l’arbitre, mais des plus émouvantes et des plus équilibrées » : la une du quotidien national « Ce soir », datée du 9 mai 1938, résume parfaitement un match qui allait longtemps rester source de frustration dans les cœurs messins.
En ce dimanche après-midi ensoleillé de printemps, l’affluence au Parc des Princes et la recette engrangée constituent le premier record de la soirée puisque plus 44 530 spectateurs se sont donnés rendez-vous, parmi lesquels près de 5000 Lorrains (en compagnie du plus prestigieux, le Président de la République Albert Lebrun). Pour affronter l’armada marseillaise emmenée par Kohut et Aznar, les Messins peuvent compter sur les bons conseils de leur entraîneur, l’Anglais Ted Maghner, considéré à l'époque comme l’un des meilleurs du monde. Malgré tout, ce sont les Marseillais qui sont le plus en vue lors de la première période. Athlétiques, bien en jambes, ceux qu’on appelait alors les « demis » distillent d’excellents ballons à leur quintette offensif (il n’était pas rare, à l’époque, de voir évoluer cinq attaquants au sein d’une équipe), et récupèrent parfaitement ceux relancés par leur défense. Quant aux Messins, ils ne manquent pas de courage mais leurs attaques sont moins appuyées. Cela n’étonne personne, « le Lorrain » étant alors perçu par les journalistes comme « un homme prudent, qui assure sa défense avant de se lancer à l’attaque » !
Le tournant du match se produit certainement à la fin de la première mi-temps, quand l’arbitre M. Munsch siffle un penalty en faveur des grenats, prend même le ballon de ses mains pour le déposer sur le point de penalty, le tout suite à une main flagrante du défenseur olympien Ben Bouali dans la surface de réparation. Déjà les Messins commencent à croire en leur bonne étoile, lorsque, stupeur, l’homme en noir revient brutalement sur sa décision, influencé par les protestations marseillaises. Il n’y aura pas de penalty. Première déception, première frustration.
Mais Metz n’est pas au bout de sa peine. Le retour des vestiaires s’avère même catastrophique, puisque dès la 49ème minute et au terme d’une superbe action marseillaise, lancée par une transversale de Gonzales rabattue par Zatelli, l’international Hongrois Kohut ouvre le score pour Marseille, d’un tir croisé de 20 mètres. Malgré cela, les valeureux Messins ne désespèrent pas et ne comptent pas leurs efforts pour tenter de revenir à la marque. Et comme s’il était écrit que ce match réserverait toutes les émotions d’une vraie finale de coupe, quelques minutes avant la fin c’est sur un tir de Rohrbacher que le FC Metz parvient à égaliser, arrachant ainsi les prolongations. Tout redevient possible. Il s’en faut même de peu que le match ne tourne alors en faveur du onze grenat littéralement déchaîné. Mais il était également écrit que rien ne serait épargné aux Lorrains. Ainsi, seulement deux minutes avant le terme des prolongations, l’avant-centre olympien Aznar, en embuscade au premier poteau, reprend de la tête un centre venu de la gauche et mal dégagé par Kappé. Charles Fosset, héroïque défenseur messin, repousse le tir sur la ligne de but. Soulagement… de courte durée puisque l’arbitre, toujours lui, accorde le but à l’Olympique de Marseille. Rien ne pourra plus empêcher la défaite des Grenats et blancs, dont le courage et l’ardeur n’auront rien pu contre l’incompétence arbitrale. L’histoire d’un club, parfois, ne tient qu’à un coup de sifflet.

Les enjeux
Une victoire en ce 8 mai 1938 aurait permis au club d’inaugurer un palmarès encore peu fourni et de le faire entrer dans le cercle très fermé des grands du football. Qui sait, cela aurait pu le lancer sur de bons rails. Au lieu de cela, il faudra attendre 46 ans avant de pouvoir enfin conquérir ce trophée qui ouvrira heureusement la voie à d’autres titres.

L’anecdote
L’accumulation des décisions litigieuses prises par le trio arbitral a eu tôt fait, en ce dimanche, de pousser l’énorme majorité des 44 000 spectateurs à prendre fait et cause pour la malheureuse équipe messine. Après le but accordé à Aznar, c’en est trop pour le public de la tribune Tour de France qui, en signe de protestation, fait pleuvoir sur la pelouse un torrent de… petits coussins rouges. En effet, certains gradins n’étaient alors pas recouverts de sièges et des coussins étaient loués aux spectateurs. C’est ainsi qu’au terme du match, le terrain fut envahi par ces coussins. Une manifestation de mécontentement assurément moins dangereuse que certaines aujourd’hui…


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