Une génération sur les rails

Il était une fois …

Publié le : 13/04/2005, 00h00
Auteur : H.S.


Le 6 avril 1996 marque certainement un tournant dans l’histoire du club. C’est en effet l’un des événements qui ont fait prendre conscience à la France du football de l’émergence au FC Metz d’une génération dorée de footballeurs qui allait bientôt conquérir les sommets.
« Le début d’un cycle »
Ainsi Philippe Gaillot qualifie-t-il l’année 1996, glorieuse année s’il en est, qui vit le FC Metz terminer à la quatrième place du championnat de France de Première Division. Certes, le club avait déjà fait mieux une fois par le passé en foulant la troisième marche du podium, mais c’était en 1969, soit 27 ans auparavant ! De plus, 1996 fut le prélude à trois années fastes, ponctuées de qualifications en Coupes d’Europe et de joutes à suspense pour disputer les premiers rangs du championnat. A regarder les compositions de l’équipe messine de l’époque, savoureux mélange de joueurs expérimentés (Gaillot, Kastendeuch, Pierre et Songo’o), de jeunes talents issus du centre de formation et de petits nouveaux venus de divisions inférieures, on se dit qu’il existait alors tous les ingrédients pour mener ce onze d’enfer à maturation quelques années plus tard. En attendant, l’épopée de Coupe de la Ligue en cette année 1996 constitue à elle seule une aventure que peu d’entre eux oublieront. Premier trophée pour une partie des Grenats, elle contribua à façonner un collectif encore naissant, pour le lancer sur les chapeaux de roue vers l’avenir.
Sylvain Kastendeuch, emblématique capitaine du FC Metz, caractérise l’équipe d’alors en ces termes : « Nous possédions un bon équilibre entre les anciens et les jeunes. Devant, avec Pires, Pouget et M'Boma, nous disposions d’atouts offensifs mais ce qui nous caractérisait, c'était notre solidité défensive. Nous prenions très peu de buts et on a terminé meilleure défense du championnat cette saison-là »*. Son compère Philippe Gaillot renchérit : « On avait un groupe en pleine progression. On sentait un fort potentiel dans l’équipe. D’autant qu’on avait la chance d’avoir ‘Monsieur Plus’ en la personne de Robert Pires, qui marquait des buts quand il le fallait. » Alors la Coupe de la Ligue est l’occasion idéale de montrer de quoi les Grenats sont capables. Lille et Niort en Division 2 puis Guingamp font les frais de l’énorme envie des Messins de réaliser quelque chose de fort. La voie est libre pour le grand rendez-vous du 6 avril contre Lyon.

Le film du match
Le public est au rendez-vous, mais l’ambiance dans les tribunes n’est pas très chaude, de l’avis même du défenseur messin Gaillot : « Ce n’était pas comme en 1988, où l’ambiance était très bon enfant entre Sochaliens et Messins. Les supporters lyonnais étaient eux un peu plus froids, c’était moins la fête que huit ans auparavant. » Sur le terrain, c’est un peu la même chose. La pression qui règne sur les épaules des deux équipes est palpable et le match n’est pas très ouvert. « Autre différence par rapport à la finale de 1988, on était très stressés en entrant sur le terrain. Le match n’a pas été génial puisqu’il n’y eut que très peu d’occasions et guère de prise de risque de chaque côté. Le mot d’ordre était plus ‘rigueur’ que ‘plaisir’ » ajoute l’ancien Messin. Et pourtant, on assiste en ce dimanche à quelques moments d’émotion. En effet, le cœur des supporters messins est prêt à exploser lorsque l’arbitre refuse un but à son équipe ; mais peu avant la fin du match, c’est de soulagement qu’ils hurlent, sur un but de Roy refusé aux Lyonnais pour un pied haut signalé sur le capitaine messin. Ce sera tout, car les deux équipes ne parviennent pas à se libérer et il faut recourir aux tirs aux but pour les départager.
Si la terrible séance a souri aux Lorrains en 1988, ce soir elle commence très mal pour eux avec l’échec de Sylvain Kastendeuch, pourtant rompu à cet exercice. Heureusement, Stéphane Roche l’imite aussitôt après et les deux équipes reviennent à égalité. Echaudés par cette frayeur, les Messins ne faibliront plus : Gaillot, Isaias, Pires, Adam et Pouget assument pleinement le rêve grenat et envoient le ballon au fond des filets. Quant aux Lyonnais, c’est de Marcelo que viendra la chute, le Brésilien manquant le dernier tir au but. Le FC Metz exulte, il vient de réaliser un coup double : enrichir son palmarès et gagner son ticket pour l’Europe. En effet, depuis 1995, la Coupe de la Ligue ouvre les portes de la Coupe de l’UEFA.

Cette fois-ci, les Grenats rentrent directement en Lorraine après le match, histoire de fêter dignement ce trophée avec leur public. La marée de supporters, les vivats de remerciements, c’est une ambiance qui réjouit Gaillot, plus que les soirées langoureuses du Lido : « En se rendant fêter la victoire dans une boîte de nuit messine la nuit qui suivit la finale, on a vraiment pu profiter de ces moments. C’est vrai que la Coupe de la Ligue est peut-être un peu moins chargée en émotions que la Coupe de France, parce que moins ancienne et moins symbolique, mais ce soir-là, c’était beaucoup mieux qu’en 1988, lorsqu’on était resté à Paris sans pouvoir partager notre bonheur avec nos supporters. » De plus, la joie est moins éphémère, puisque les joueurs messins ont toute la fin de la saison pour se remémorer ensemble ces instants glorieux.

Les enjeux
Cette victoire ouvre au FC Metz les portes de la Coupe d’Europe, compétition qu’il n’a plus connue depuis 1989 et son élimination face à Anderlecht en Coupe des Coupes. Cela a déclenché un gros engouement populaire, d’autant que l’année suivante le parcours en Coupe de l’UEFA est brillant : au tableau de chasse lorrain, on retrouve rien moins que le FC Tyrol et le Sporting Portugal. Ce n’est qu’en huitième de finale, face à Newcastle, que le club sort de la compétition. Rien que cela fut un petit événement historique puisque jamais celui-ci n’avait passé deux tours européens. Et le reste suivra, avec la fantastique saison 1997-1998. Assurément, cette Coupe de la Ligue a mis la jeune génération Grenat sur les bons rails !

La feuille de match
Score : 0-0 (5-4)
Stade : Parc des Princes
Arbitre : M. Batta
Spectateurs : 45 368
Les équipes :
Metz : Jacques Songo’o, Rigobert Song, Philippe Gaillot, Pascal Pierre, Sylvain Kastendeuch, Jocelyn Blanchard, Cyril Serredszum, Patrick Mboma (puis Adam, 35ème), Frédéric Arpinon (puis Isaias, 106ème), Cyrille Pouget, Robert Pires.
Olympique Lyonnais : Pascal Olmeta, Jacek Bak, Sylvain Deplace, Ghislain Anselmini, Marcelo Kiremitdjian, Florent Laville, Florian Maurice, Stéphane Roche, Eric Roy, Jean-Luc Sassus, Ludovic Giuly (puis Assadourian, 116ème).
Tirs au but :
pour Lyon : Assadourian, Maurice, Roy, Olmeta. Ratés : Roche, Marcelo.
pour Metz : Gaillot, Isaias, Pires, Adam, Pouget. Raté : Kastendeuch.

* Interview accordée à la Ligue de Football Professionnel


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