Bernard Zénier : des yeux partout !

Le Feu Sacré

Publié le : 29/06/2004, 00h00
Auteur : J-M.S.


Depuis 1996, l’ancien meilleur buteur de Division I est en charge de la détection des joueurs susceptibles de renforcer l’effectif professionnel.
En charge donc de collecter, analyser et vérifier les informations grâce à un large réseau d’indicateurs tout en sachant que le club doit rivaliser d’ingéniosité pour devancer les autres. « Je suis à l’écoute de toutes les informations qui parviennent au club via une foule grandissante d’agents d’abord, de relations dans le monde du football ensuite. Elles arrivent chez moi mais aussi chez le président ou le directeur général. J’en discute alors avec l’entraîneur en partant toujours du principe de base qui veut que nous sommes à Metz et donc que nous nous devons de tout regarder, de creuser toutes les pistes. Après nous tentons de faire…mais nous ne pouvons rien négliger. »
En quelques phrases liminaires, Bernard Zénier a ainsi défini les grandes lignes de l’action menée au club depuis 1996. Qu’il précise ensuite : « Je cherche des renseignements, je reçois des cassettes vidéo et des CV de joueurs ce qui me permet une première approche…et ce à raison de cinq en moyenne par jour tout au long de l’année. Après un premier tri dicté par des critères ou sportifs ou financiers, je transmets au coach ces infos qui viennent d’Afrique, d’Amérique du Sud, des pays de l’Est ou de Scandinavie. L’arrêt Bosman et l’arrêt Cotonou ont sensiblement changé les donnes du marché et les clubs peuvent désormais prendre sans limitation des garçons venant de partout sauf d’Amérique du Sud ou d’Asie. Dans le même temps le marché a considérablement évolué: le nombre d’agents a augmenté de manière très importante et j’ai souvent au bout du fil des interlocuteurs non seulement que je ne connais pas…mais qui ne savent pas qui je suis. Cela non par vanité personnelle mais tout simplement parce que je me demande comment ils peuvent être arrivés dans le milieu. Ils ont le diplôme mais je me demande s’ils connaissent les qualités des joueurs qu’ils nous proposent ! »

Mondragon et Sakho

Cela posé, Bernard Zénier ne boude pas le plaisir vécu en découvrant de réels talents comme Faryd Mondragon qu’il avait d’abord vu sur cassette avant d’aller le superviser en Argentine pour la (courte mais bonne) carrière messine que l’on sait. Un autre joueur avait tapé dans l’œil du recruteur messin, Lamine Sakho, alors sous le maillot de Nîmes…mais une grosse semaine après avoir signalé la perle rare, le joueur optait pour Lens aux moyens sensiblement plus importants!
Quand on lui fait remarquer les « bons coups » réalisés lors des venues sous le maillot à la Croix de Lorraine de Fred Meyrieu, Vladan Lukic ou Dany Boffin, notre interlocuteur la joue modeste : « D’abord c’était il y a longtemps ( !) et ces joueurs, tu ne les inventes pas, ils étaient déjà connus. » Pour ce faire, Bernard Zénier lit bien sûr la presse sportive mais entretient aussi le contact avec d’anciens joueurs, souvent partenaires à un moment ou un autre de sa carrière : « Je peux citer dans cette catégorie Plamen Markov, aujourd’hui sélectionneur de Bulgarie, Luc Sonor, Eric Black, entraîneur à Coventry, Lubos Kubic reparti en République Tchèque, Fernando Zappia en Argentine ou Carlos Curbelo pour l’Amérique du Sud. C’est un réseau qui sert dans la collecte des informations en tous genres. »

Suisse, Belgique, Ligue 2 ou National

Au niveau national ou dans des pays proches de l’hexagone, Bernard Zénier voit ainsi au moins une fois par semaine un match de L2, de National ou des championnats belges et suisses, des compétitions où le FC Metz peut faire son marché…s’il se montre plus prompt que certains autres car dans chaque tribune prennent place le samedi ou le dimanche de nombreux observateurs en quête du bon coup eux aussi.
« Je fais environ 60 000 kilomètres par saison dans ce genre de missions confiées par le président ou l’entraîneur et cela se traduit par des allers-retours dans la journée de 5 à 600 km, ce qui laisse peu de place au tourisme comme je peux parfois l’entendre. Internet est également source d’infos avec des sites remarquablement réalisés…même si je ne suis pas un spécialiste. »
Pour épauler le chargé de détection du FC Metz, quatre « espions » quadrillent le territoire national et supervisent chaque semaine des matches et jusqu’au CFA : Basile Pryszlak, un ancien du club, opère en Rhône-Alpes, Julien Volpé et Maurice Legrand sur Paris et le Grand Ouest, Jean-Pierre Turci enfin dans le Sud de Cannes à Sète en passant par Istres et Nîmes. Ainsi chaque week-end des rapports sont établis et transmis à Bernard Zénier qui centralise et s’attache à trouver l’oiseau rare. « Tu vois ainsi un paquet de joueurs et tu espères toujours découvrir le nouveau Platini (ou Zénier, ndlr). Cela te pousse à aller sans cesse de l’avant. »

Frustrant parfois

Mais cette toile d’araignée ainsi tissée ne débouche pas toujours sur des résultats tangibles même si l’intersaison qui s’annonce devrait voir plusieurs joueurs ainsi repérés rejoindre les bords de la Moselle. « Il est certain que lorsque j’assiste à un match et que je remarque dans la tribune des émissaires de Lens, Lyon ou Auxerre le plus souvent, je me dis que le gars que je repère le sera également par eux…il est ainsi frustrant de les voir signer ailleurs quelque temps plus tard mais ce sont les aléas du recrutement. » Et de citer parmi ses semblables le plus souvent rencontrés au fil des saisons Didier Sénac (Lens), Daniel Sanchez (Nice), Rémy Garde (Lyon), Bernard Genghini (Sochaux), Delio Onnis (Monaco), Eric Pécout (Paris SG) ou encore Philippe Thys (Strasbourg).
Parmi les qualités qu’il pense être nécessaires à la réalisation de sa mission, Bernard Zénier avance pêle-mêle diplomatie, discrétion, flair, chance…et langue de bois : « Il en faut pour faire patienter les gens et leur faire comprendre qu’on ne peut prendre une décision en cinq minutes alors qu’ils souhaitent généralement presser le mouvement. En ce qui concerne la chance, le tout est de voir à l’œuvre le joueur le jour où il se montre sous son meilleur jour. »
Pour le reste, ne cherchez pas, Bernard Zénier est bien dans sa peau : « C’est une très bonne manière de demeurer dans le football où je n’aurais pu être entraîneur. Je n’ai sans doute pas les gènes pour toutes sortes de raisons. »


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