Analyse

Une saison en enfer

Publié le : 17/05/2006, 00h00 / Auteur : P.G.

Le rideau est tombé sur la Ligue 1. Après les images, qui resteront sans doute encore quelques temps dans les têtes, il reste les chiffres, accablants pour le Club à la Croix de Lorraine. Les différents rouages de l’engrenage avec Joël Muller.

Derniers. La sanction peut paraître sévère. Au regard des statistiques affichées par les « Grenats », un peu moins ; à la vue des erreurs commises sur la pelouse également. Combien des 59 buts encaissés (le pire total depuis la saison 1982-1983) étaient inévitables ? « Il y a eu beaucoup de défaillances individuelles, estime Joël Muller, mais rarement de moments de démission collective. » Au cours de cette interminable année, beaucoup ont stigmatisé l’ambiance au sein du vestiaire, une raison qui ne peut à elle seule expliquer le bilan cataclysmique qui en découla. Pas plus que l’absence de talent ni l’influence de paramètres extérieurs. La vérité se situe sans doute en plusieurs de ces points, ce qui rend l’importance de l’échec imprévisible. Et le verdict des plus sévères : tous responsables.


Au niveau du recrutement et de sa préparation, le FC Metz n’a pas réussi à encaisser le départ surprise de Jean Fernandez.

Une intersaison hors de contrôle
Jean Fernandez est un homme passionné et extrêmement généreux. Au cours de ses trois années à la tête de l’équipe première, il n’a cessé de le démontrer. En consacrant un temps, une énergie et une volonté remarquables, il est parvenu à sortir le club de l’ornière au cours d’une période où les liquidités se faisaient rares. Compte tenu des services rendus, le FC Metz ne pouvait humainement pas empêcher son coach d’accéder à un poste dont il rêvait depuis des années. Bien qu’il en avait la possibilité sur le plan strictement contractuel. Cette situation aussi exceptionnelle qu’inattendue a porté un préjudice dans la mesure où le poste n’a été comblé que le 16 juin, soit onze jours avant la reprise de l’entraînement.
En optant pour le retour de la doublette Joël Muller - Michel Ettorre, le FC Metz avait non seulement l’assurance de disposer de deux techniciens compétents, mais savait aussi qu’il tenait là deux hommes vaccinés au 'Grenat'. Les supporters ne s’y trompèrent d’ailleurs pas puisqu’ils accueillirent la nouvelle dans l’ensemble favorablement à l’image de la banderole déployée en Tribune Ouest : « Joël et Michel, on est pas mieux chez soi ? »
Pour autant, bien qu’ayant suivi de loin l’évolution du club depuis Lens, les deux hommes ne disposaient pas d’une connaissance parfaite de l’effectif en place dès leur arrivée. Cela n’aurait pas constitué un obstacle s’ils avaient eu le loisir de l’évaluer au cours de la préparation. Mais celle-ci s’est faite sans plusieurs joueurs blessés (Méniri, Tum, Gueye, Djiba) et sans les recrues, qui sont arrivées au coup par coup, parfois en méforme, toujours trop tard... Les dossiers Antchouet et Mendoza ont notamment contribué à installer une forme de précipitation néfaste à la qualité du recrutement. « Lorsqu’on prépare une saison, explique Muller, il faut essayer de programmer les choses, d’anticiper. Nous avons fait tout le contraire. Du coup, nous manquions de garanties quant aux garçons qui nous rejoignaient. »


En remportant son premier match face à Ajaccio lors de la 14ème journée, Metz pensait avoir lancé sa saison. Mais celle-ci était peut-être déjà terminée.

Un démarrage avec handicap
Malgré tout, il était permis de croire que ce FC Metz version 2005/2006 serait une meilleure cuvée que la précédente. Faire signer Ahn comportait un risque au niveau de son intégration sportive et extra-sportive ; ses premiers touchers de balle ont convaincu les observateurs que son seul talent pouvait le surmonter. Idem pour Ouadah, Paisley, Huszti et Cherif Touré, qui avait montré un visage séduisant lors des matches de préparation. Tous contribuaient à relever le niveau technique de l’effectif en place. Reste l’inconnue qui planait au dessus de tout ce beau monde : l’état d’esprit.
Rapidement, la situation a mis à l’épreuve ce dernier paramètre. Et si les renversements de situation existent en football, Metz ne s’est jamais remis de cette série initiale de 13 matches sans victoire. Joël Muller a tâtonné, changé maintes fois de dispositif, d’hommes, attendu le retour des blessés. Mais rien n’y a fait, son équipe n’a pas trouvé la cohésion nécessaire pour prétendre à remporter un match de première division. Et une fois dans la nasse, les joueurs ayant vécu les campagnes précédentes ont bu la tasse. « Psychologiquement, ils étaient abattus, avoue Muller. Nous avons été présomptueux quant à la capacité de jeunes joueurs à tenir sur la durée. Depuis quelques années, les jeunes formés au centre arrivent très vite dans l’effectif pro par nécessité. Certains étaient incapables de se remettre en cause et pensaient bénéficier d’un statut qui ne devrait pas, à cet âge, être le leur. » Si, à partir de la quatorzième journée, le bilan des Messins ressemble plus à celui d’un prétendant au maintien (25 points en 25 matches), ce mauvais départ a évidemment changé la donne au sein d’un groupe qui n’avait pas eu le temps de se former.


Gregory Proment, le regard perdu, à l’issue du match Metz – Troyes.

Un manque de leaders
L’ambiance régnant au sein du groupe a souvent été avancée comme une raison quasi-essentielle du mal-être de l’équipe mosellane, les bruits de vestiaire ayant jalonné les périodes les plus mornes de la saison. Comme si des footballeurs professionnels pouvaient tous s’entendre à merveille dans un contexte aussi difficile. Comme si des hommes de générations, de mentalités, d’origines et de convictions différentes pouvaient quotidiennement vivre en parfaite harmonie.
Concernant le mauvais état de son vestiaire, Joël Muller décline toute responsabilité : « J’entend sans cesse parler de cela, mais l’état d’esprit ne se suffit pas à lui-même pour remporter des matches. De plus, s’il y a eu beaucoup d’erreurs individuelles, j’ai rarement constaté une démission collective mis à part contre Saint-Etienne (ndlr : 1-0 pour les Verts à Saint-Symphorien). Pour qu’un groupe marche bien, il doit faire la police lui même. Ce sont aux cadres de l’effectif de détecter les insuffisances et de les signaler, voir de les corriger eux mêmes. » Gregory Proment, en tant que capitaine, était tout désigné pour remplir cette tâche. « Il n’a peut-être pas pris assez d’initiatives. Par exemple, peu de regroupements hors-football ont été organisés. » Reconnu unanimement par les jeunes joueurs comme d’un apport indispensable sur et en dehors de la pelouse, le plus ancien élément de l’effectif pro a tardé à prendre conscience de cette nécessité. Et sa prétendue implication dans l’affaire Metz-Lyon l’a touché au moral. Beaucoup de reproches lui furent formulés et la légitimité de son brassard contestée avec énormément de virulence.
Vice capitaine à l’état d’esprit irréprochable et formé à Metz dès son plus jeune âge, Stéphane Borbiconi semblait avoir le profil pour combler le vide puisque Mehdi Méniri « n’a pas fait, à plusieurs étages, la saison qu’on attendait de lui. » Mais la passation de brassard n’eut pas lieu. « Ce n’est pas trop dans sa personnalité, pense Muller. Il ne possède pas l’autorité nécessaire pour s’imposer de la sorte. » Surtout, ses performances l’ont mis dans une position trop inconfortable pour pouvoir forcer sa nature. Constamment gêné au pied par une blessure récurrente, Borbiconi n’a presque jamais évolué au niveau qui était le sien les saisons passées. « Pour pouvoir se permettre de donner des ordres aux autres, il faut commencer par être irréprochable soit-même », nous confiait-il en cours de saison. D’autres ont essayé, ils ont eu des problèmes… Du coup, Gregory Wimbée s’est vite senti bien seul.


Les débuts d’Ahn Jung-Hawn avaient soulevé l’enthousiasme général. La suite a été décevante. Un premier point noir.

Des erreurs de casting
Outre la déception qu’a représenté le transfert du Coréen Ahn, largement accentuée par l’effet d’annonce qui a accompagné sa venue, le recrutement effectué n'a pas suffi à renforcer suffisament l'équipe. Il est difficile de mettre en cause les qualités des responsables, le contexte ayant largement compliqué la tâche de Philippe Gaillot, qui découvrait le poste, et de ses hommes. Le président messin, en tant qu’ultime décisionnaire en la matière, en assume la responsabilité.
Joël Muller, de son côté, regrette d’avoir tenu compte d’un passé qu’il n’avait pas vécu. « Aujourd’hui, si je regarde les statistiques de Gregory Leca sur les dernières saisons, je me dis que j’aurais peut-être dû le garder, de même que Sylvain Marchal qui aurait certainement pu nous rendre service en défense centrale. Le premier avait été pris en grippe par le public, j’ai donc pensé qu’il valait mieux qu’il parte. Pour le second, on m’avait dit que sa réintégration dans l’effectif pouvait poser des problèmes. Je me suis rangé à cet avis alors qu’avant, j’avais plutôt eu l’impression d’avoir à faire à un gentil garçon. »
Le retour de blessure de Dino Djiba a soulagé le milieu de terrain messin. Mais celui-ci est arrivé très tard et le Sénégalais n’a pas pu montrer l’étendue de ses capacités en raison d’une blessure récalcitrante. D’où l’utilité de conserver Leca. « C’est une erreur stratégique à un moment-clé de la saison. »


Hervé Tum les deux genou à terre. Le gladiateur camerounais a trop souvent subi le combat.

Les impondérables
Au premier rang des paramètres difficiles à maîtriser, Metz a avant tout souffert des blessures. Tum et Gueye n’étaient pas disponibles en début de saison. Mais principalement, les rechutes de Dino Djiba ont nui à la stabilité de l’édifice mosellan. Au total, le milieu a participé à 15 rencontres, soit 5 défaites, 5 nuls et 5 victoires. Comprenez que sans lui, les Grenats n’ont gagné qu’une fois… contre Paris, lors de la dernière journée.
Les difficultés éprouvées par Hervé Tum ont également desservi Joël Muller, qui regrette de n’avoir pas pu « jouer sur l’impact physique pour combler les lacunes dans le jeu. » Le Camerounais n’a pu user pleinement de ses énormes qualités de lutteur qui avaient largement aidé le FC Metz à se maintenir la saison passée. Fin janvier, Hemza Mihoubi et Jamal Alioui ont apporté ce supplément d’agressivité. Le comportement d’ensemble s’en est ressenti. « Si nous avions été en bon état sur le plan athlétique tout au long de la saison, juge Muller, nous aurions pu lutter pour le maintien. Sur certains matches, les résultats seraient tombés. On peut aussi évoquer un manque de réussite, d’efficacité offensive, et les décisions arbitrales. » Le penalty accordé à Strasbourg pour une faute peu évidente de Méniri, son expulsion au cours du même match ont influé sur le résultat d’un match charnière. On peut également parler du match Metz - Rennes, où Ouadah aurait pu obtenir la sanction suprême.
La surprenante exposition médiatique du malaise lorrain n’a, pour finir, pas arrangé les choses. Sa plus flagrante expression fut la parution d’un article relatant une tentative de corruption ubuesque jamais avérée. Un scandale de seconde zone qui n’aura servi qu’à semer la suspicion entre les joueurs messins, ajoutant au climat délétère régnant dans le vestiaire. Voyons les choses positivement, voilà au moins un boulet dont les Grenats se délestent en retrouvant l’étage inférieur, où les amateurs d’affaires de ce genre devraient les laisser un peu plus tranquilles…


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